Messages étiquettés swan egg

La journee typique d’un egg-packer

Extrait du livre Les oeufs, plus qu’un truc rond, une obsession bientot dans toutes les librairies pres de chez vous.

[...] L’egg-packer en Australie peut etre de n’importe quelle nationalite, religion, race, disposant ou non d’un diplome, mais nous nous attarderons ici sur un cas particulier : l’egg-packer voyageur tourangeau, brun, 22 ans, 64 kilos, QI de 340, oupa.

Ce specimen de grande qualite se reveille donc 5 matins de la semaine a 6:30am. Il descend difficilement de son lit, essayant chaque jour de trouver une technique discrete et non dangereuse de descendre de ce lit. La meilleure solution trouvee jusqu’a present est de prendre appui contre le mur en face, et faire l’acrobate pour poser un pied sur le lit du dessous, en evitant les pieds de Norman, petit gros anglais tatoue ici en vacances, mais adorable.

Une fois ses lentilles sur les yeux, il deplace sa tete non-eveillee vers la cuisine deserte. Il fait chauffer une tasse de cafe dans le micro-ondes et va se connecter pour verifier ses mails. Une fois le cafe pret, il le savoure generalement en lisant son courrier, et en decouvrant souvent un mail qui l’enchante d’une personne qui l’enchante aussi, lui assurant un debut de journee optimal. Il se dirige ensuite vers la table a manger, deserte elle aussi, ou il savoure un petit dejeuner.

Vers 7:10am, il monte dans son bolide, choisit le CD du jour et file au boulot. Apres 25 minutes de route souvent ensoleillee, mais fraiche, il arrive a la Swan Eggs Farm ou il se gare et attend generalement quelques minutes : le specimen etudie passe parfois ses minutes a somnoler, mais le plus souvent il met a jour son daily-diary, qui ressemble plus a un weekly-diary ces temps-ci. Vers 7:55am, il rentre dans la cuisine de l’entreprise et salue ses collegues. Il note son horaire d’arrivee, depose sa nourriture au frigo, remplit sa bouteille d’eau et file dans l’entrepot (apres relecture, je decouvre les rimes de cette phrase, futur tube de l’ete).

La, il entame un rituel de preparation quotidien : remplissage de seaux d’eau + chiffons ensuite places sous les tapis roulants ou arrivent les boites d’oeufs, au cas ou d’eventuels oeufs viennent salir l’espace de travail, verification des pistolets-dateurs, puis attente. Apres une quinzaine de minutes d’attente, lui permettant de s’eveiller et de dire bonjour aux arrivants, et de se mettre dans l’etat d’esprit de l’egg-packer qui reussit, la machine est lancee. Le fameux bruit repetitif de la machine s’installe pour la journee, permettant ainsi a toute l’equipe de communiquer de maniere violente en criant. Le specimen, quant a lui, se rapproche toujours de son interlocuteur, car l’anglais australien est encore plus difficile a comprendre avec des interferences. Il passe donc la matinee a verifier les oeufs dans les boites avant qu’elles soient fermees par lui-meme, un de ses collegues ou la machine, puis prend les boites et les entasse par 15 dans un carton, date le carton plein et place le carton derriere lui, sur le tapis roulant de la machine qui fermera et scotchera la boite a vie. Un nouveau carton est alors pris, au dessus de sa tete, et place en bout de tapis, et generalement date immediatement.

Par moment, le rythme se fait trop rapide, ou alors un evenement perturbateur vient interferer le bon deroulement du packing d’eggs : un oeuf est mal tombe dans la boite, ruinant ainsi la perfection de la chaine et la proprete de la machine par la meme occasion. Un bouton rouge permet de stopper le process, pour nettoyer ou alors prendre son temps pour ranger les boites.

Regulierement, l’egg-packer tourangeau tourne la tete vers sa gauche pour constater, oupa, un surplus de cartons scotches et prepares par la machine. Il court donc en leur direction pour les prendre et les placer sur les palettes adequates. Egalement parfois, il se peut qu’il ait a pousser le carton dans la scotch-machine, car elle se bloque parfois. Il fait ce geste avec prudence et recul, car un gros bras metallique pourrait lui faire tres mal, et l’egg-packer n’aime pas le mal.

2 a 3 fois par jour, la chef de l’egg-packer lui demande d’aller aux « buttons », autrement dit le poste de controle-qualite des oeufs, place avant la machine de packing. La, il passe generalement 30 minutes a trier les oeufs arrivant des 4 « sheds » : les oeufs pales, craques ou moches sont otes et places a droite, les oeufs sales sont places a gauche, sur des moules de 36 oeufs. Lorsqu’a gauche ou a droite, les moules s’empilent au nombre de 6, il les prend et les pose au sol, ou le « runner » les recuperera pour soit les mettre sur la palette d’oeufs craques, soit emmener les oeufs sales dans la machine a nettoyer les oeufs. L’egg-packer aux « buttons » verifie donc chaque oeuf arrivant, a l’aide de ses yeux affutes et d’un miroir en face de lui qui permet de matter le joli fessier de l’oeuf en question. Une certaine experience est necessaire pour attraper l’oeuf desire en s’aidant de la vision dans le miroir, car le devant est derriere, et lycee d’versailles. Apres quelques minutes de controle-qualite, l’egg-packer commence a delirer et a chanter a la vue de ce tapis roulant plein d’oeufs : il a parfois des hallucinations et voit des Monsieur Patate par centaines, ou des poussins. Lorsque la machine s’arrete pendant quelques secondes, il passe le plus clair de son temps a dessiner avec les oeufs sur le tapis. Il est le pro des fleches et des triangles, et l’apprentissage du smiley est en cours.

A 10h30, il dispose d’une pause de 15 minutes non prise en compte sur son salaire, ou il deguste un petit encas et discute avec ses collegues dehors, au soleil. Du moins, il essaye de discuter, et passe son temps a essayer de transcrire leur propos en un anglais comprehensible. A 13h, il dispose de 30 minutes non payees pour manger son sandwich prepare la veille, et prendre un cafe gratuit.  Il passe ensuite l’apres-midi comme le matin, entre packing et checking, puis la fin du packing se termine lorsque le « markers » blancs sont arrives, signifiant la fin du process. Les derniers oeufs sont places dans les boites, puis la machine est nettoyee de fond en comble, et les cartons vides sont reapprovisionnes au dessus des tetes des packers. Ensuite, l’egg-packer ainsi que ses collegues vont preparer les commandes du jour et empiler sur des palettes differentes sortes d’oeufs (600g L, 700g XL, 800g XXL, Megas, petite, freerange …). Apres la commande palettisee, il l’emballe et la place dans un coin de l’entrepot.

Apres 1 a 2h de commandes, la journee se termine : il file ecrire l’heure de fin de sa journee et s’en va rejoindre son backpack prefere, empruntant generalement une route fort encombree. Arrive la, il profite de ses amis, d’une biere fraiche, d’une douche fraiche, et prepare son sandwich du lendemain. Ensuite, il oublie le monde de l’egg-packing pendant quelques heures, et file alors au lit.

  • Share/Bookmark

Étiquettes: , , , , , , , ,

Pierre, 22 ans, egg-packer

Tintintinnn !! J’ai fini ma premiere journee de travail, et tout baigne. Mais j’y reviendrai plus tard, comme d’hab’ ! Donc vendredi, apres une apres-midi tranquille (courses, glande …), Rod, Simone, Kim, Laurent et moi avons attendu Matt, notre prof de surf. A 18h, nous avons rejoint le bar Little Creatures a Fremantle, pour y passer la soiree : dans ce bar tres sympa avec vue sur la beer-factory, on passe un petit moment tout aussi sympa a boire des bieres (avec moderation pour moi, j’entends deja les parents dire « QUOIIII, TU CONDUIS ET TU BOIS ? »), discuter avec Matt, manger, puis parler de la France et de l’Australie avec des amis de Matt qui nous rejoignent.

On change ensuite de bar pour en rejoindre un autre dans le centre, tres actif le soir apparemment. Ca change de Scarborough. Donc on passe une autre plus grande partie de la soiree dans ce bar, bonde d’Australiens saouls, mais ils sont marrants (et sacrement difficiles a comprendre) : je discute avec Simone, la copine de Rod, avec des amis de Matt qui ado-o-orent mon chapeau. Apres avoir prevu de les rejoindre le lendemain a une soiree d’anniversaire, on rentre a Scarborough : preparation de sandwiches, et dodo.

Dodo n’a pas reellement ete le mot cle de la nuit : devant conduire et ramener les gens ce soir, apres 1 biere, j’ai eu la merveilleuse idee de prendre un Redbull. Wrong idea mate : de minuit a 6h, j’ai eu la chance de pouvoir longuement observer le matelas du dessus, savourer les propos noctures de Laurent (« AGLAOGIUOAGOUUUU »), et intensement analyser le tic-tic qui est revenu … Plus d’iPod pour essayer de s’endormir, pas de boules-quies a portee de main, je me console comme je peux avec mes ecouteurs dans les oreilles ! Donc a 6h, je ne me reveille pas, mais sors tout simplement du lit : je suis claque, mais j’ai une journee de travail qui m’attend, soupair.

Heureusement, ca s’est bien passe : arrive a 7h30 la bas, j’attends quelques minutes puis rencontre Vanessa qui m’explique beaucoup de choses. Le cahier d’heures, l’equipe, la machine … Je travaille donc dans une egg-factory ou pas moins de 80000 poules pondent des oeufs. Moi, avec 6 ou 7 autres personnes, je suis dans la partie « packing » : les oeufs arrivent sur un tapis roulant vers une grooosse machine, sont verifies par une personne a un poste, puis sont tries par cette machine selon differentes tailles. Apres ca, ils arrivent dans des boites (celles que vous connaissez) sur un tapis roulant, chaque taille d’oeufs (free range, L, XL, mega …) disposant de son tapis roulant. Je pensais hier que le travail serait repetitif et idiot, mais pas du tout : Claire m’a explique (avec un sacre accent australien, concentration obligee) les choses a faire avant que la machine soit en route. Les oeufs arrivent dans des boites sur le tapis, on verifie vite fait la presence d’oeufs craqueles/sales que l’on remplace le cas echeant, on colle un sticker eventuellement sur la boite et on la date eventuellement, ca depend des tailles, puis on ferme la boite et la range dans un carton, soit en ligne, soit selon un « pattern ». Le carton plein, on le prend et le met sur une autre machine (tapis vert sur la photo) qui se charge de fermer la boite et la scotcher. En fin de machine, on prend la boite et la pose sur une palette.

Comme ca, ca parait repetitif, mais cet ordre d’actions n’est pas a respecter du tout : on est 2/3 a travailler dans cette partie, et nous sommes autonomes. Si je vois que ca bouchonne a un endroit ou que quelqu’un galere, je change d’endroit et vais l’aider. Si je vois que de nombreux cartons sont pleins et scotches, j’y vais pour les mettre sur la palette … Autonomie, diversite des choses a faire, mobilite constante : ca c’est l’esprit d’un egg-packer (ouais, j’ai etudie dans la pub, ca se sent hein ?). Le rythme est correct : les boites arrivent a une vitesse pas trop difficile pour travailler, certains moments sont plus speed que d’autres, mais rien de bien inquietant.

J’ai aussi passe quelques minutes a l’endroit ou on verifie les oeufs qui arrivent : il faut enlever les oeufs craqueles (qui sont conserves et envoyer a Adelaide pour je ne sais quoi, rien compris a cet accent bubble gum), les oeufs pales, les oeufs sales. Un miroir en face permet de voir l’oeuf de derriere, et le tapis fait rouler l’oeuf pour bien tout verifier. C’est marrant, mais je pense avoir oublie pas mal d’oeufs, d’ou le fait que l’on doive verifier les boites avant de les mettre dans les cartons.

L’equipe est adorable, pas facile a piger par moment (l’accent fermier d’Australie, it’s a pain in the ass), et le travail est varie et me laisse penser que l’industrie des oeufs a besoin de moi ! Vanessa, la patronne, m’a demande combien de temps je souhaitais rester ici, et combien de jours par semaine je voulais travailler, donc apparemment je peux rester longtemps, 5/6 jours par semaine, et me faire plein de sousous pour voyager apres ! Le plan du jour (qui change toujours de toute facon) : travailler plusieurs mois, rester au backpack, faire des sousous, puis en Fevrier prendre la route pour visiter je ne sais quoi et doucement arriver je ne sais ou pour accueillir mon frangin et voyager avec lui je ne sais ou. Ensuite, ou avant, j’en sais rien, aller a Mildura rejoindre Mel et Yann qui tiennent un backpack la bas, ou le fruitpicking abonde. Chris risque d’y aller aussi, ca serait sympa de se rejoindre la bas. On verra bien.

Apres le travail, a 14h, j’ai rejoint la petite bourgade de Midland qui n’est pas loin : apres quelques CD d’occasion achetes (mon iPod commence serieusement a me manquer, mais new iPod is on the way), je rejoins les Mayer pour leur dire bonjour ! Accueil chaleureux par Richards et Janette evidemment, alors qu’ils preparent une salade libanaise ! On discute pendant une petite heure, et je suis invite ce soir chez eux pour un barbecue avec leurs nouveaux helpers francais, et j’accepte leur genereuse offre de passer Noel avec eux ! Barbecue, Noel au soleil, sans la famille, ca va etre bizarre, mais je ne serai pas perdu chez les Mayer, et je decouvrirai toute la famille apparemment. Sympa !

J’ai finalement termine ma journee a changer de lit pour aller dans un dortoir-mecs plus petit et plus calme, puis partager une biere avec quelques personnes dehors, mais la majorite est partie sortir et j’ai discute avec Chris. Petite anecdote : ils sont revenus plus tard, refuses dans 2 bars. Le premier, les garcons n’avaient pas de chemise, donc impossible de rentrer. Le deuxieme, les filles etaient en tongs, donc impossible de rentrer. Pas tres malins ! Apres avoir discute un peu avec Chris et prevu de se revoir, je file au lit car le groupe revient et une prise de tetes completement ridicule apparait entre 2 francais, et ca m’enerve, et je suis fatigue. Donc je rejoins mon nouveau lit, au dessus d’un lit double : c’est pas le pied. Deja, le dortoir est a cote de la ou tout le monde se pose pour discuter, j’ai plus de iPod pour couvrir le son, je fais l’acrobate comme je peux pour grimper et redescendre, en evitant de monter sur le matelas de Normann (un p’tit gros chauve tatoue, mais tres sympa), en dessous, qui dort en ronflant, ou l’inverse. Donc la nuit n’a ENCORE pas ete parfaite, je prevois de retourner dans l’autre dortoir plus eloigne du bruit, et je suis desormais equipe de boules-quies. Vivement l’arrivee de mon iPod avec ma musique, ca me manque (ce n’est pas un  message cache pour toi frangin, fais comme tu as prevu de le faire, « no worries mate » comme on dit ici).

Mais ce soir, c’est barbecue chez les Mayer, et etant donne que mon travail n’est pas loin, je dors chez eux. Donc bonne nuit assuree ! A part ces petits problemes de sommeil (la vie en backpack a quelques inconvenients), je suis content de cette journee de travail. Les prochains mois ressembleront a ca : travail/backpack/argent, et je pense faire des excursions le week-end pour visiter la Western Australia (je veux voir les Pinnacles entre autre). Ca va etre assez routinier, c’est pas specialement ce que je cherchais avoir ici en Australie, mais je n’ai qu’a penser a ma fortune prochaine et mes possibilites de voyage pour etre sur de mon choix ! Et puis le backpack est sympa, j’ai des amis ici, je croiserai de nooombreuses personnes ici en 2/3 mois, et je suis le bienvenu n’importe quand chez les Mayer. Reste plus qu’a acheter un surf pour s’y mettre activement, et surtout une guitare, ca commence a me manquer !

Et la, je vais passer ma journee a me reposer (voire dormir), puis rejoindre les Mayer en fin de journee. Demain risque d’etre charge : 80000 poules sont actuellement en train de pondre des milliards d’oeufs en ce dimanche, et personne ne s’en charge avant demain. Lundi est apparemment une grosse journee, on verra ca ! Et si vous voulez essayer de piger mon job, les photos ci-dessous peuvent vous eclairer … See ya !

Photos : ici

  • Share/Bookmark

Étiquettes: , , , , , , , , , , ,