Apres donc ces 5 heures de bus, j’arrive a Naracoorte ou Sue (la soeur de Jann Mayer chez qui j’ai helpxe a mon arrivee en Australie et egalement passe Noel) m’accueille. Bonnes retrouvailles, et je realise encore une fois la grandeur de l’Australie : apres 40 heures en train pour traverser le continent, on roule pendant 1h30, passe de l’etat de South Australia au Victoria, pour arriver un peu apres Orsham, ou Sue et son mari Ray habitent. Ray est wool-classer (litterallement « trieur de laine »), ancien poste occupe par Sue qui est desormais infirmiere dans la region. Pendant 1h30, plaines quasi-desertes humainement parlant, un peu vallonnees par moment, et moutons moutons moutons bovins moutons.

Je decouvre les lieux et la petite ferme que Ray possede : 300 moutons de race Moreno/Crossbred (Moreno etant la meilleure race pour la laine, les Crossbred etant eleves generalement pour leur viande), ce qui apparemment n’est rien, je le decouvrirai bien vite. Petite maison sympathique, des ateliers partout, un atelier de tonte de moutons bien rustique et tres charmant, 2 chiens pour guider les moutons et un bon gros levrier, le tout au milieu de nulle part (pour faire les courses, comptez 45 minutes pour rejoindre le supermarche le plus proche !).

Le rasoir a moutonJ’y passe donc une semaine : les premiers jours, j’aide Ray dans le jardin ou dans la ferme, a degager les parcelles pleines de branches, nourrir les moutons, installer une nouvelle fontaine dans le jardin … Lundi, avec Shaun, le fils de Sue, j’aide toute la journee au « cratching » : les moutons de Ray ont ete tondus en janvier, et vont bientot mettre bas. Il faut donc raser la laine sur toute la partie arriere de la brebis, histoire de ne pas la ruiner lors de l’accouchement. J’aide donc avec mon balais specialise, a repartir la laine en tas, Moreno et Crossbred separes, pendant que Shaun enchaine 237 rasages de culs/jambes de moutons dans la journee.
Mardi, la journee fut chargee en decouvertes. J’accompagne Ray au boulot, et decouvre la ferme la plus grande du coin. 20.000 moutons, 3000 bovins, une ferme s’etendant sur 6km de large et 10km de long. Et seulement 2 employes pour gerer le tout : quad/motos et 4×4 de rigueur pour y travailler. Les deux employes, comme toute l’equipe dans le shed de tonte, m’accueillent a bras ouverts, heureux de voir un curieux etranger s’interesser au business local, et j’ai droit a une ballade en voiture dans cette immense ferme pendant la distribution de grains dans les differents enclos.

Donc une fois par an, un mouton est tondu. Apres une petite ballade dans l’exploitation, je rejoins le « shearing shed » ou les 8 tondeurs s’activent a enchainer le depoilage des animaux. Petite description du processus auquel j’ai pu assister : des centaines de moutons d’un enclos sont reunis par un employe (moto/quad/voiture et chiens a l’appui), et diriges vers le hangar de tonte. La, differents jeux de labyrinthes repartissent quelques moutons devant plusieurs portes. Le tondeur (« shearer »), de l’autre cote, passe la porte et empoigne un mouton par les pates avant, le trainant sur le posterieur vers son poste de « shearing ». La, arme de sa tondeuse (photo ci-dessus), il s’occupe dans un premier temps de tondre le ventre de l’animal, proche du sol et generalement sale, qui est separe du reste de la laine. Ensuite, des pates arriere jusqu’au pates avant, un seul et meme morceau de laine (« fliece ») est tondu en l’espace de 2 a 3 minutes. Le mouton, fraichement nu et presentant parfois quelques plaies saignantes, passe alors sous les jambes du « shearer » et quitte l’endroit pour rejoindre ses compatriotes imberbes, dehors.
Alors que le tondeur s’active vers les portes pour empoigner un autre animal, les « shed hands » s’activent autour de la laine fraichement tondue : une personne vient ramasser la laine selon un pliage bien particulier, pour ensuite courir vers les tables ou elle lancera la laine pour qu’elle s’applatisse joyeusement sur la dite table. Une autre personne balaie rapidement l’endroit ou la tonte a ete faite, pour ne pas melanger la future laine avec les restes de la precedente, et ramasse egalement le ventre fraichement tondu. Tout est conserve : le ventre va dans un grand sac, les restes dans un autre.

Sur ces tables ou a ete etale la laine, deux autres personnes s’activent autour de cete derniere. Leur mission est de nettoyer/traiter la laine, d’un geste energique : les bordures sales, ou les bordures ou la laine est trop compacte, sont arrachees, et certaines parties comme le cou sont egalement supprimees. Une fois traitee (en 10 secondes), la laine est roulee et posee sur une autre table ou le wool-classer (en loccurence Ray, ce jour la) analyse la couleur, la solidite et la longueur de la laine. Il la classe alors dans un compartiment derriere lui, en fonction de sa qualite.

La laine une fois pressee (190kgs par sac, environ $900 par sac)Enfin, le « wool-presser », a l’aide d’une presse, s’occupe de prendre tout plein de laine d’un compartiment, l’entasser dans la presse, et compacter le tout pour faire des gros sacs de 190 kilos, tres denses en laine. Numerotes et tagges, ses gros sacs seront ensuite vendus.
Dans ce lieu de tonte, le tout ressemble a une belle danse synchronisee, ou les shearers sont les chefs respectes et les « shed hands » les fourmis qui courent a la recherche des laines au sol. Le tondeur peut traiter en moyenne 200 moutons par jour, a un rythme cadence et le corps plie en deux, en trainant des moutons de 80 kilos. Sacre job donc, mais heureusement bien paye. Etre shearer peut aussi permettre de voyager : nombreux sont les shearers qui vont passer une saison a tondre en Angleterre, Irlande, Etats-Unis, Amerique du Sud …

Je quitte cette equipe bien accueillante et apres quelques jours de jardinage et de tonte de pelouse, je passe l’apres midi du jeudi chez les voisins (5 minutes en voiture, quand meme), car Ray et Sue sont au boulot. Je decouvre une autre ferme de « seulement » 10000 moutons, familiale, et assiste a la fin de l’entretien du pere fermier avec un « advisor », conseiller qui vient analyser chaque annee les objectifs et resultats de la ferme (sur demande), et propose des solutions pratiques pour les realiser ou continuer. Je decouvre ensuite l’exploitation, toujours immense pour moi, avec des paysages magnifiques de la ferme a perte de vue (« tu vois la tache verte la bas, au loin, dans le brouillard ? c’est la colline qui indique la fin de notre dernier enclos »). Je finis ensuite ma journee par un delicieux diner avec la famille que je decouvre, adorable et content de voir un lointain vagabond errer dans leurs contrees perdues dans le Victoria.

Demain, derniere demi-journee avec Sue et Ray, et je rejoins Adelaide apres 5h de bus. La fin de l’aventure en Australie approche doucement pour moi, mais une bien belle derniere aventure dans ce pays va commencer samedi : mon frangin arrive ! Les futurs messages seront donc plus rapides, je pense, mais on va essayer de tenir tant bien que mal ce blog a jour pour vous faire decouvrir l’Est de ce pays !

See ya :)

Photos : ici
Quelques photos prises du train : ici

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